ByUs Media

L'invisible rendu visible

La mode dans l’Océan Indien: vivier de créativité et d’emploi pour la jeunesse

La mode dans l’Océan Indien: vivier de créativité et d’emploi pour la jeunesse

Le 6e salon de la mode dans l’Océan Indien a vu le triomphe de la jeune styliste Maria Rousset de l’Île de la Réunion sur le thème « tissage et tressage».

La région Océan Indien offre une diversité culturelle propice à d’immenses perspectives à la créativité et l’emploi dans les domaines de la mode pour la jeunesse. À ce titre ByUS est parti à la rencontre de Mme Wardat Monjoin Présidente d’ALCOI (Association Laiga Culture de l’Océan Indien), organisatrice du salon. Une rencontre enrichissante qui prouve que le secteur de la mode a besoin d’une jeunesse entreprenante.

ByUs Media: Bonjour Mme Wardat Monjoin, pouvez-vous nous dire quel est le rôle d’ALCOI et ce qui a motivé celle-ci ?


Wardat Monjoin: Notre belle Région Océan Indien riche en ressources naturelles est méconnue. La femme de la Région a un rôle très important dans le développement car elle est un garant de la culture et la tradition. Et pourtant elle est reléguée en arrière-plan. Le Politique domine et à travers l’association nous avons l’ambition de réussir là où la politique a échoué. L’association ALCOI encourage à consommer local et ainsi promouvoir la professionnalisation de la femme dans le secteur du textile.


13418949_10154299816304686_1934515994758878296_n
ByUs Media: Lorsque l’on parle de l’Océan Indien, on pense à la diversité culturelle et artistique. Mettre en avant cette formidable diversité est un défi en soi, quels sont les leviers de votre disposition et ses objectifs ?


Wardat Monjoin: Effectivement nous avons une diversité culturelle et touristique, et pourtant quand on approfondit la question nous avons des points communs. Le 1er levier en soi est d’approfondir notre histoire commune et coutumes qui s’apparentent. Il faut dès maintenant créer les conditions nécessaires au rapprochement effectif de nos peuples, de nos forces entreprenantes et créatives. C’est tout l’enjeu de ALCOI, qui m’apparaît comme un outil essentiel de notre intégration régionale, par la connaissance de l’autre et de sa région. L’objectif premier est de mobiliser nos savoir-faire et nos avantages comparatifs.
Le défi est de reconnaître la place essentielle que peut jouer la culture, le patrimoine et le réseau identitaire des peuples de la Région dans le développement durable des îles. Le défi à relever est celui de s’orienter sur une approche du développement conjoint du secteur créatif et des industries culturelles, textiles, ainsi que celui d’un programme de collaboration pour les événements culturels et créations régionaux.

ByUs Media: Comment se présentent cette diversité et ce brassage culturel dans la créativité ?

13418974_10154299816444686_7679294742667052381_n
Wardat Monjoin: Cet océan est un carrefour de civilisations,
matérialisé par l’existence de ce que l’anthropologue Paul Ottino (1974) a appelé les civilisations de frange, qui se sont épanouies dans différents archipels et îles. Si chaque île de cette partie du monde connaît une culture spécifique et identifiable, il est important de relever les différents apports réciproques. Ceux-ci permettent aux populations d’apprécier leurs héritages à la fois communs et spécifiques. Cette pluralité culturelle nous amène à nous poser la question de l’existence d’une identité commune pour cet espace indo-océanique.

ByUs Media: Le 6e salon de la mode a vu le triomphe de la jeune styliste Maria Rousset de l’Île de la Réunion sur le thème « tissage et tressage». Quels ont été les critères qui ont déterminé ce choix ?

Wardat Monjoin: Lors de la 5ème édition nous avions opté pour le thème de la Mer qui est une richesse naturelle communale. Le tissage et tressage est un art ancestral de notre région. La soie, le coton, ainsi que le chanvre et la rabane ont été traditionnellement travaillés pour la confection des étoffes. L’écorce battue de bananier, l’abaca (Musa textilis5) a donné le lamba sarika, la soie sauvage Borocera madagascariensis (landy dia / landibe), la soie domestique (landikely), le rofia a donné le fameux jiafotsy, et le mélange de rafia et de coton a produit le lamba jabo, le chanvre le lamba rongony, la plante hafotra (Dombeya) le lamba hafotra, le cotonhasy/hasina la toile écrue lamba soga ainsi que les pagnes en coton, etc. Nous avions soumis au vote 3 thèmes et c’est celui-ci Tissage et Tressage qui a été retenue, en fait tout le monde s’identifiait à ce thème.

13428037_10154299816254686_6437529707924574800_n

ByUs Media: Au vu du développement que peut offrir l’Océan Indien, quel message souhaiteriez-vous faire passer à la Jeunesse de la Région?

Wardat Monjoin: Jeunes vous êtes l’avenir de la Région et sachez qu’il n’y a pas de développement sans culture, ni de culture sans développement. En renforçant les liens avec la Région, l’épanouissement économique de chaque île en sortira grandi.


ByUs Media: Aujourd’hui existe-t-il des dispositifs d’accompagnement ou de soutien pour ces jeunes créateurs et stylistes de la zone océan Indien qui souhaiteraient vivre de leurs arts et savoirs-faire?

Wardat Monjoin: Pour l’instant les dispositifs d’accompagnement sont peu nombreux, il n’existe pas de centre de formation sur le stylisme ou le modélisme dans nos îles. D’ailleurs, très peu de jeunes perçoivent ce secteur comme une opportunité. Une réelle sensibilisation est lancée grâce à ALCOI tant dans le mannequinat que le stylisme. Sur l’île de la Réunion il y quelques stylistes qui vivent de ce métier, à Mayotte, aux Comores et à Madagascar il n’y en a pas encore. Seule l’île Maurice a de l’avance. Toutefois on peut dire, que ce sont les grands industriels occidentaux qui profitent de cette main-d’œuvre à bas prix.

ByUs Media: Au niveau économique, existe t’il des secteurs qui sont plus demandeurs d’emploi que les autres ? 

Wardat Monjoin: Le secteur agricole et touristique est demandeur d’emploi dans la région.

13450164_10154299815774686_8549561579301327896_n

ByUs Media: Quels sont les savoirs-faire les plus recherchés pour amorcer un réel dynamisme régional ?

.
Wardat Monjoin: Il nous faut des designers, des modélistes pour réellement amorcer un dynamisme régional.

ByUs Media: À ce titre, comment se positionnent les marques et les créateurs de l’Océan Indien par rapport à leurs homologues dans le monde?

Wardat Monjoin: Le positionnement de nos créateurs est très faible et pourtant nos créateurs ont de belles créations.

ByUs Media: Pour finir, et en vous remerciant de nous avoir accordé cette interview. Quel message souhaitez-vous transmettre, de manière générale, à toute cette jeunesse qui se cherche et qui souhaite entreprendre?

Wardat Monjoin: Il faut oser vous lancer et oser créer. Ainsi, vous aurez un beau métier, celui de créateur.

Saly Doucouré

A propos de l'auteur

Enaiiro

Enaiiro