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Pourquoi les femmes noires mises en esclavage n’ont jamais été des “maîtresses”

Pourquoi les femmes noires mises en esclavage n’ont jamais été des “maîtresses”

Le Black History Month, mois de l’Histoire des Noirs aux États-Unis, est un outil nécessaire et essentiel pour la célébration culturelle et la propagation de l’importance des réalisations historiques collectives des Afro-américains et des Noirs dans leur ensemble, souvent méconnues. L’exposition de l’Histoire des Noirs, précise, factuelle et livrée avec le contexte adéquat, est de la plus haute importance. C’est la raison pour laquelle il est de notre devoir en tant qu’Afros, d’invalider toute allégation inexacte et infondées.

 

En février dernier, période du Black History Month, le Washington Post publiait un article au sujet de la restauration de Monticello, la plantation du troisième président américain, Thomas Jefferson, désormais transformé en musée. La restauration de ce domaine, une fois achevée, devrait dévoiler une salle de bains installée en 1941, à quelques pas de la chambre de Jefferson, chambre qui s’avère être en réalité celle d’une certaine Sally Hemings.

Thomas Jefferson possédait de nombreux esclaves à Monticello, mais Sally Hemings reçut une attention particulière pour avoir pris soin d’au moins six de ses enfants. Ce fait a conduit le Washington Post à utiliser le mot « maîtresse » dans le titre de son article (qui a été changé par la suite) ainsi que dans un tweet à ce sujet.

 

Cette qualification a été très mal accueillie par la communauté afro-américaine car perçue comme insultante et inappropriée pour définir une relation entre un propriétaire et son esclave. En effet, le terme «maîtresse» désigne une femme dont la relation amoureuse avec un homme marié est fondée sur le choix mutuel, l’autonomie et le consentement affirmatif, droits qu’aucune esclave ne possédait alors. En tant qu’esclave, Sally Hemings n’eut pas le privilège de l’autodétermination, ce qui signifie qu’elle ne faisait pas ce qu’elle voulait; elle faisait ce qu’on exigeait d’elle. Dans ce contexte, le mot exact pour décrire ce type d’interaction n’est pas « relation » mais bel et bien “viol”.

Le terme “maîtresse” employé par le Washington Post est problématique, non seulement parce qu’il fait abstraction des abus endurés par Sally Hemings, également subis par des générations d’autres hommes et femmes esclaves, mais aussi parce qu’il idéalise Thomas Jefferson, le décrivant comme un homme vivifié par la romance, occultant son côté prédateur sexuel pour laisser place à l’enchantement mutuel.

Ce type de publications n’est, hélas, pas un cas isolé. En 2015, le New York Times publiait une biographie approfondie sur l’icône des droits civils, Julian Bond, suite à son décès, indiquant que la grand-mère de ce dernier, Jane Bond avait été “l’esclave et la maîtresse d’un fermier du Kentucky”. Le magazine avait finalement publié des excuses publiques, après les vives réactions suscitées auprès des Internautes.

 

 

 

Voilà pourquoi il est important d’être vigilant sur la contextualisation de l’Histoire des Noirs  et de l’Histoire en général, et d’imposer une restitution de celle-ci la plus correcte possible. En aucun cas, une esclave ne saurait être qualifiée de « maîtresse ». Ceci n’est pas un « fait alternatif » mais bien la réalité objective d’un être dominé, déshumanisé et privé de ses droits, devant s’exécuter contre sa volonté.

Il incombe aux Africains et aux Afro-descendants, dont le but commun est d’exposer l’Histoire des Noirs (de lui donner du poids et l’appréciation qui lui est due), de faire en sorte que ces écarts historiques soient révisés, corrigés, et transmis aux générations futures avec un cadre de référence approprié.

 

A propos de l'auteur

Syonou NatesS'Able

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